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Extrait presse - JAZZ HOT (n° 616)



        Né le 30 juillet 1976 à Arcachon, Guillaume Nouaux est arrivé dans le jazz un peu par hasard, mais en est devenu un mordu. Bien connu comme batteur de jazz traditionnel, il est, en réalité, intéressé par toutes les époques du jazz et par tous les grands de la batterie, en particulier Art Blakey. (Michel Bedin)



Vous venez d’une famille artiste…

         Artiste dans l’âme, mais pas musicienne. Mon père faisait des bateaux à Arcachon. Ma mère était passionnée de peinture. Elle m’a poussé dès qu’elle a vu que la musique m’intéressait. C’est une chance. J’ai été inscrit à l’école municipale de musique de La Teste de Buch, près d’Arcachon à 6 ans, avec cours de solfège pendant un an.


Ça ne vous a pas rebuté ?

         J’y allais, comme j’allais au CP. A 7 ans, je voulais faire du sax, mais j’avais les doigts trop petits. Comme j’en avais marre d’attendre, j’ai choisi un peu par hasard la batterie, et le hasard est devenu passion. A 16 ans, ça ne marchait pas à l’école, mais bien en musique. Mes parents ont accepté que je quitte l’école pour le Conservatoire où je tenais les percussions classiques. Médaille d’or, plus l’école Agostini que j’ai terminé à Paris. A 23 ans, j’étais à Versailles, pour mon service militaire dans la musique. J’en ai profité pour sortir dans les clubs.


Comment étiez-vous venu au jazz ?

         A 14 ans, je jouais dans mon premier groupe, plutôt hard rock, métal, Black Death. Mon grand frère, Alexandre, mon aîné de douze ans, jouait du tuba dans un groupe dixieland. Un jour, leur batteur était absent, je l’ai remplacé. Ça a été un déclic. Je me sentais bien sans pouvoir dire si c’est parce que c’était plus musical, plus aérien, plus libre, plus beau. Je me suis mis à acheter des disques de jazz. J’ai commencé à jouer dans des orchestres de jazz, tout en suivant des études de percussions classiques. Finalement, je me suis rendu compte que je vivais du jazz. J’ai arrêté les percussions classiques que je travaillais par besoin de sécurité. Dans le classique, les musiciens sont salariés, pas dans le jazz. Dans le jazz, justement, c’est la liberté. Ceux qui se bougent en vivent. Je faisais des bœufs autant que possible. Dan Vernhettes m’a proposé d’entrer dans les Vintage Jazzmen pour remplacer Michel Sénamaud pris par les Haricots Rouges. Claude Tissendier m’a appelé pour des remplacements. A la fin de mon service, j’ai décidé de rester à Paris. J’ai un peu galéré pendant un an, puis ça s’est mis à bien marcher : les Vintage Jazzmen, le Bayou Combo de Gérard Siffert, les Swingin’ Lovers. Je joue avec Michel Pastre en quartet ou en big band en remplacement de Stan Laferrière ou avec Claude Tissendier, Irakli. Avec Samy Thiébault aussi. Il vient de monter un tentet. On doit enregistrer début 2005 des compositions inédites de Lee Morgan, arrangées par Lionel Belmondo et Samy Thiébault. J’ai une réputation de batteur vieux style parce qu’il n’y en a pas beaucoup à Paris, mais je suis un batteur de jazz, point.


Quels sont vos batteurs préférés ?

         J’en ai plusieurs : Baby Dodds, Zutty Singleton, Sidney Catlett, Gene Krupa, Art Blakey, Tony Williams, Elvin Jones, Roy Haynes, Jeff Watts… Ce que j’aime chez Art Blakey, c’est son côté bestial, sauvage. Il y a de la sueur quand il joue. On l’entend sur les disques. Il transmet énormément d’émotion. La gestion de ses groupes en fait un des grands batteurs leaders. Le son du groupe n’a jamais changé alors que les équipes ont changé. Il a toujours eu sont identité. Avant Art Blakey, quand les batteurs faisaient des figures rapides sur de toms ou sur la caisse claire, c’était à base de roulements, c’est-à-dire deux coups de chaque main. Blakey, lui, joue quelque chose de similaire, mais en donnant un coup de chaque main. C’est un détail, mais c’est ce qui fait sa touche personnelle. Ça, je lui ai volé. Ses relances à chaque fin de phrase, un coup de tonnerre qui arrive sur les toms ou un roulement sur la caisse claire en crescendo, je lui ai volé. Son shuffle, typique, aussi. En fait, je vole à tout le monde, j’essaie de mélanger.


Vos projets ?

         Je voudrais monter un nouveau groupe pour jouer des thèmes Nouvelle-Orléans avec des musiciens et des arrangements modernes, dans la ligne de ce que font Nicholas Payton et Wynton Marsalis. Je vais essayer avec Yoann Loustalot (tp), Jerry Edwards (tb), Fabien Marcoz (b), Adrien Chicot (p), Jean-Philippe Scali (as). Marsalis, il n’y en a qu’un, mais je crois que j’aime les mêmes choses que lui. J’adore le new-orleans, le bebop, Duke Ellington... J’ai envie de jouer tout ça mais, en France, ça ne se fait pas. En France, les musiciens ne jouent qu’un style de jazz. Et le public n’écoute qu’un style, parce qu’on lui a appris que c’était comme ça. Je suis allé plusieurs fois à La Nouvelle-Orléans. Je ne connais pas bien les Etats-Unis, mais cette ville, oui. Les orchestres là-bas ont tous un son typique, mais personne ne joue comme jouaient King Oliver ou Louis Armstrong. Ils jouent en connaissant Charlie Parker et John Coltrane. Ils ont le son de La Nouvelle-Orléans, mais actuel, tous. Seuls quelques orchestres comme celui de Jacques Gauthé jouent comme en 1920. C’est du dixieland.


Vous avez d’autres envies ?

         Terminer un livre sur la batterie, des origines à aujourd’hui, de Baby Dodds à Herlin Riley en me posant la question : « Qu’est-ce qui fait qu’il y a un son de toujours, bien que les façons de jouer soient très différentes ? » Ce sera un livre pour batteurs, c’est sûr, pas pour le grand public.


Vous vous sentez batteur de New Orleans ?

Je dirais oui, bien que je n’aie aucune origine de là-bas. Je me sens bien dans cette musique.


Quel est le grand batteur actuel de New Orleans ?

         Herlin Riley. Et je ne peux pas oublier Shannon Powell, batteur assez longtemps d’Harry Connick Jr., de Leroy Jones. Au Preservation Hall, je tombe sur Shannon Powell. Une bonne claque, superbe ! Le lendemain, je passe devant une boite : Shannon Powell Quartet. Je m’attends à du traditionnel. Pas du tout, c’était un orchestre très moderne avec Wessel Anderson (as). Il avait une façon de jouer qui n’avait rien à voir avec la veille, mais avec toujours ce balancement des brass bands. Ils savent tout faire. Le beat de New Orleans est particulier. C’est difficile là-bas de ne pas swinguer car, dès leur premier souffle, ils entendent cette musique, et ça ne s’arrête jamais. C’est comme quand on apprend à parler, l’accent arrive. Là-bas, quand on joue, forcément, on swingue. Il n’y a que les techniques à apprendre.


Propos recueillis par Michel Bedin